Les doléances

Ouest lyonnais rural : François Robert (Labo Triangle CNRS-ENS Lyon) ouvre les cahiers de doléances

5 février 2026

Dans l’Ouest lyonnais rural, les cahiers de doléances racontent la France des territoires

Que disent vraiment les cahiers de doléances ouverts au moment du mouvement des Gilets jaunes ? Une étude menée par l’historien François Robert, du laboratoire Triangle (CNRS – ENS Lyon – Université Lyon 2), apporte un éclairage précieux à partir d’un territoire rural emblématique : l’Ouest lyonnais.

Son travail analyse les contributions recueillies dans quatre vallées structurantes du territoire — Turdine, Brévenne, Azergues et Trambouze — soit 67 communes rurales et périurbaines. Parmi elles, 48 ont ouvert un cahier, permettant de recueillir 371 doléances. Un chiffre significatif, qui témoigne d’un besoin réel d’expression citoyenne dans ces territoires.  

Une parole enracinée dans le quotidien

Premier enseignement : les doléances parlent d’abord de la vie concrète. Mobilité dépendante de la voiture, hausse du coût de l’énergie, difficultés d’accès aux soins, fragilité du monde agricole ou encore inquiétudes environnementales structurent largement les contributions.

Les habitants expriment souvent un sentiment d’étau : ils reconnaissent la nécessité de la transition écologique, mais refusent qu’elle se traduise par une aggravation des inégalités sociales ou territoriales. Derrière ces témoignages apparaît une demande forte de politiques publiques mieux adaptées aux réalités rurales.

Pouvoir d’achat et justice sociale au cœur des préoccupations

L’étude met également en évidence la centralité des questions économiques. Fiscalité jugée injuste, stagnation des salaires, retraites insuffisantes et augmentation du coût de la vie alimentent un profond sentiment d’injustice sociale.

Dans de nombreuses contributions, la critique porte moins sur le principe de l’impôt que sur son manque de lisibilité et sur l’impression d’un effort inégalement réparti entre les citoyens.

Une crise démocratique exprimée avec force

Autre enseignement majeur : la défiance vis-à-vis du fonctionnement démocratique. De nombreux auteurs dénoncent une distance grandissante entre citoyens et décideurs publics, évoquent un manque d’écoute et remettent en cause la sincérité de certains dispositifs de consultation.

Les cahiers témoignent aussi d’une aspiration forte à des formes nouvelles de participation citoyenne, avec des propositions récurrentes autour du référendum d’initiative citoyenne ou du renforcement de la démocratie locale.  

Des réalités territoriales qui persistent

L’analyse révèle également des spécificités locales. Dans la vallée de la Trambouze, la disparition progressive des services publics et la question des déserts médicaux apparaissent comme des préoccupations centrales. Dans d’autres vallées, la mobilisation sociale et la nécessité de recréer des espaces de dialogue public occupent une place importante.

Un élément frappant ressort de l’ensemble du corpus : chaque doléance aborde en moyenne plusieurs thématiques à la fois, révélant l’imbrication étroite entre enjeux sociaux, économiques, environnementaux et démocratiques.

Une mémoire vivante de la parole citoyenne

Au-delà de leur dimension conjoncturelle, les cahiers de doléances apparaissent, à travers cette étude, comme un observatoire précieux des attentes citoyennes contemporaines. Ils rappellent que, dans les territoires ruraux comme ailleurs, la demande de reconnaissance, d’écoute et de participation démocratique reste particulièrement vive.