
Je reviens de deux rencontres qui m’ont profondément marqué. Deux déplacements un weekend. Deux territoires très éloignés. Deux réalités géographiques très différentes. Et pourtant, un même frémissement démocratique.

Le premier temps d’échange s’est déroulé dans le Rhône, le 31 janvier, dans la commune de Les Olmes, à l’invitation de l’Association intercommunale d’information mutualiste, dans une salle municipale, avec la lecture de doléances par le Collectif X de Saint-Étienne, qui a donné à la rencontre une profondeur sensible et incarnée. Ce temps a également été marqué par le travail remarquable de l’historien François Robert, membre du laboratoire de sciences politiques Triangle (CNRS – ENS Lyon), avec qui se noue aujourd’hui une complicité intellectuelle et citoyenne particulièrement stimulante autour de la lecture politique et historique des doléances.
👉 Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir, je publierai également un article spécifique dans la rubrique Recherche du site, consacré à la présentation de ses travaux sur les doléances de l’Ouest lyonnais.
Le second rendez-vous s’est déroulé dans la foulée à Redon (Finistère), le 1er février, lors d’un ciné-causerie organisé par le groupe Auditions citoyennes, au cinéma Manivel, en lien avec de nombreux collectifs citoyens locaux, notamment ceux engagés le 10 septembre autour du mouvement Bloquons Tout. Avec, là aussi la lecture de doléances et de témoignages. Cette rencontre a notamment été portée par Jonathan, grande figure de la Maison du peuple de Saint-Nazaire, aujourd’hui installé à Redon, animateur du site www.le-rondpoint.org, avec qui des convergences fortes sont en train de prendre forme autour de nouvelles manières de valoriser la parole citoyenne et l’engagement démocratique.

Au total, près de 200 personnes rencontrées, venues écouter, débattre, questionner, parfois contredire, mais surtout chercher comment reprendre prise sur leur avenir commun.
Ce qui m’a frappé, au-delà des différences territoriales, c’est la convergence des préoccupations. Partout, le même sentiment d’un éloignement de la décision publique, d’une complexité administrative devenue illisible, d’un empilement de transferts techniques et financiers qui finissent par rendre incompréhensible la question pourtant simple : qui décide, et pour quoi faire ?
Mais partout aussi, la même volonté de ne pas s’en tenir au constat.
Aux Olmes comme à Redon, les échanges autour des @ÉtatsGénérauxCommunaux ont montré que la démocratie locale reste un espace possible de reconstruction politique. Parce que c’est là que se joue ce que j’appelle le #concernement : ce moment où l’on se sent impliqué parce que les décisions touchent directement nos lieux de vie, nos paysages quotidiens, nos conditions d’existence.
Ce concernement n’est pas seulement celui des citoyens. Il est aussi celui des élus. Le message des États Généraux Communaux est clair : l’impuissance institutionnelle ne peut plus être une réponse. Dire « je n’ai plus la compétence » ne suffit plus. Il s’agit désormais de remettre en débat ce qui ne fonctionne plus, y compris des organisations administratives devenues illisibles pour les habitants comme pour les élus eux-mêmes.
Ces échanges ont aussi confirmé l’importance du double engagement démocratique : celui des habitants et celui des élus locaux. La démocratie ne peut pas vivre uniquement au rythme des échéances électorales. Elle suppose un travail continu de dialogue, de confrontation d’idées et de co-construction. Elle suppose aussi que les élus acceptent d’ouvrir des espaces de discussion réels et que les citoyens acceptent d’y prendre leur part.
Un autre point est apparu avec force dans ces deux rencontres : le rôle essentiel de la #culture dans le réengagement démocratique. Aux Olmes, la lecture des doléances par le Collectif X a montré combien la parole citoyenne, lorsqu’elle est portée par une forme artistique, touche autrement, ouvre des espaces d’écoute et rend possible une parole parfois empêchée. À Redon, la lecture des témoignages lors des Auditions citoyennes a produit le même effet. La culture ne se contente pas d’accompagner la démocratie. Elle en recrée souvent les conditions, en permettant à chacun de retrouver sa place dans le récit collectif.

Ce qui relie profondément ces deux rendez-vous, c’est peut-être l’impression qu’un mouvement discret est en train de grandir. Pas un mouvement spectaculaire. Pas un phénomène uniforme. Mais une montée lente, enracinée dans les territoires, qui traduit une volonté de faire autrement, de reprendre collectivement la capacité d’agir.
Nous n’en sommes pas à un soulèvement au sens classique du terme. Mais il y a, dans ces assemblées citoyennes, dans ces discussions exigeantes et parfois longues, quelque chose qui ressemble à une effervescence civique. Une conviction partagée que la démocratie ne pourra se réparer ni par décret, ni par simple alternance politique, mais par une reconstruction patiente depuis les lieux de vie.
Ces deux déplacements m’ont surtout confirmé une chose : malgré la fatigue démocratique, malgré la défiance, malgré la complexité institutionnelle, il existe encore une #énergie citoyenne prête à s’engager, à condition qu’on lui ouvre des espaces sincères, respectueux et exigeants.
Ce que j’ai vu à Les Olmes et à Redon, ce n’est pas seulement une inquiétude démocratique. C’est une démocratie qui cherche, discrètement mais résolument, à se relever.